Depuis le début décembre 2009, ainsi que nous l’avions prévu, la remontée du dollar US contre l’euro, puis aussi contre la livre sterling, a logiquement fait chuter le prix de l’or exprimé en dollars US et les marchés d’actions tant US qu’européens, l’évolution inversée entre le dollar et les indices d’actions étant bien établie depuis longtemps. Pendant que le prix de l’or en euros et en livres sterling s’est évidemment apprécié du même montant que la dépréciation de ces deux monnaies. Jusqu’ici, tout cela était logique.
Ce qui ne l’est en revanche pas du tout c’est que le prix de l’or en dollars US et que l’indice Standard & Poors 500 des actions US se soient remis à monter ensemble depuis leurs plus bas quasi identiques (1044 chacun) atteints début février 2010 pour toucher vendredi 5 mars 2010 des prix à nouveau quasi identiques (1138), alors même que le dollar US a continué entretemps de monter. La seule explication à l’évolution récente exactement parallèle du prix de l’or en dollars US et du S+P 500, qui constitue une anomalie de marchés, tient vraisemblablement au fait que la majorité des intervenants sur ces deux marchés ne croient pas que la reprise du dollar US doive se poursuivre encore longtemps. Et qu’ils ont mis à profit cette reprise pour accumuler des actions et de l’or.
Ils peuvent avoir raison à court terme puisque l’euro/dollar semble s’être stabilisé entre 1,3440 et 1,3740, que la livre sterling contre dollar US s’est aussi stabilisée et que ces deux monnaies peuvent remonter de façon limitée (1,40 - 1,4250 pour l’euro/dollar). D’une part, parce que l’Allemagne s’est heureusement refusée à toute aide financière de la Grèce qui ouvrirait la “boite de Pandore” puisqu’elle devrait ensuite payer aussi pour les autres pays du Club Med sur-endettés et que toute la zone euro risquerait d’être entrainée dans l’irresponsabilité financière et budgétaire si Madame Merkel s’était laissée convaincre par Messieurs Sarkozy, Zapatero et Papandréou. D’autant que l’on a bien compris que l’Espagne, le Portugal, puis l’Italie et la France, dont la compétitivité extérieure est très faible et les finances publiques incontrôlées, sont les prochains candidats à subir les pressions des hedge funds anglo-saxons. D’autre part, parce qu’il semble que les conservateurs anglais, favorables à une politique économique et monétaire plus orthodoxe, pourraient triompher des travaillistes lors des prochaines élections législatives.
Il y a donc peut-être encore une petite marge de gain pour l’or en dollars US et les actions US et européennes. Mais dès que l’euro/dollar reprendra sa baisse en direction de 1,2250 - 1,25 (notre objectif final, celui de plusieurs hedge funds étant même la parité euro/dollar), parce que la question des dettes souveraines des pays européens du Club Med est loin d’être solutionnée (ils auront besoin d’emprunter des dizaines de milliards d’euros en 2010 dont on ne voit pas qui les leur fournira ni comment ils pourront ultérieurement les rembourser), le prix de l’or en dollars US comme le S+P 500 et les actions européennes devraient rechuter lourdement (pour nettement casser à la baisse leurs plus bas récents de début février 2010).
Nous restons donc d’avis de ne pas prendre de positions à la hausse (sauf pour des allers-retours très rapides en trading), ni sur l’or en dollars US ni sur les actions US et européennes, tant que la crise des dettes souveraines des pays du Club Med reste vive et que la pérennité de la zone euro reste incertaine. S’il n’est pas question pour nous de prendre des positions à la baisse sur l’or en US dollars, sur lequel nous escomptons des prix beaucoup plus élevés dans l’avenir compte tenu de notre scénario final de destruction successive de toutes les monnaies de papier débouchant sur l’hyper-inflation, nous conservons en revanche des positions à la baisse sur les actions US via des achats de l’ETF Proshare Ultra Short S+P 500 (la cassure à la hausse de la résistance vers 1150 sur le S+P 500, son sommet de janvier 2010, paraissant très improbable). A noter, en outre, que la bourse chinoise (Shanghai), qui a été depuis quelques années précurseur des tendances des marchés d’actions du monde entier, est entrée dans une phase de baisse due au resserrement du crédit bancaire en Chine.
D’autant que les économies occidentales ne seront pas en pas en situation de reprise auto-soutenue (sans le soutien massif des dépenses publiques) tant que le chômage continuera d’augmenter (aux USA, en Europe et au Japon), que les dépenses de consommation ne reprendront pas, que les banques continueront de ne pas prêter la liquidité qu’elles reçoivent des banques centrales et que les prix de l’immobilier continueront de faiblir. Sans compter que les Etats et les banques centrales en Occident ont déjà dépassé la limite de leur endettement incontrôlé et de leur création monétaire extravagante, sauf à continuer dans le même sens et finir par provoquer la chute des marchés d’obligations (US Treasury Bonds à 30 ans en particulier) en liaison avec une hausse des taux d’intérêt à long terme qui finirait de tuer toute reprise économique occidentale effective. A cet égard la hausse des primes d’assurance sur les dettes souveraines européennes (CDS) est très négative pour des pays dont la compétitivité économique est déjà faible et les dettes excessives. C’est ce qu’estime Bill Gross, le patron de PIMCO, le plus grand fonds obligataire du monde, qui voit de plus en plus d’États faire défaut sur leurs obligations souveraines et/ou entrer en cessation de paiements. L’achat d’obligations d’Etat n’offre donc pas de perspective de profit à court et moyen terme avant que l’assainissement des dettes publiques soit à l’ordre du jour.
Nous conseillons donc de garder le plus possible ses liquidités en francs suisses pour se protéger contre un éventuel éclatement de la zone euro, dont on ne voit pas comment elle pourra sortir de ses problèmes structurels sans se scinder en deux zones (un euro-mark et un euro-franc) ou bien sans laisser en sortir certains de ses pays membres qui reviendraient alors à leurs anciennes monnaies nationales. Une crise ouverte qui ferait par défaut monter encore le dollar US, même s’il s’agit d’une monnaie dont la tendance à long terme reste baissière compte tenu de la pyramide de dettes sous laquelle croulent les USA et qu’ils ne pourront jamais rembourser. Toutefois, le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar comme la possibilité pour les USA de faire racheter directement par la Federal Reserve, pour le moment presque sans limitation, les obligations émises par le Trésor US (politique de “quantitative easing” ou de monétisation) semblent leur donner à court terme plus de flexibilité qu’aux pays de la zone euro qui ne peuvent pas en faire de même. Et cela, tant que leurs créanciers extérieurs (BRIC, Japon, etc.) les laisseront faire.
PS: A propos des chiffres du chômage aux USA, cette économie continue de détruire chaque mois des emplois (36.000 en février 2010) et la masse réelle des chômeurs n’est pas de 9,7% mais de 16 à 20% selon les différentes estimations des meilleurs spécialistes. Pour seulement enrayer l’augmentation du chômage, les USA devraient créer au minimum 100.000 emplois CDD nouveaux par mois. Ils en sont loin, même si l’embauche depuis début février 2010 à fin mai 2010 d’employés CDI par l’administration pour réaliser le recensement de la population prévu pour cette période diminuera temporairement le taux de chômage officiel qui reprendra fortement ensuite à partir de juin 2010. En réalité, la sortie des chômeurs en fin de droit des statistiques officielles masque la réalité du chômage de masse dans lequel sont durablement installés les USA, l’Europe et le Japon, de nature à empêcher toute reprise économique puisqu’un chômeur ne consomme pas et ne paye ni impôts ni cotisations sociales, tout en coûtant cher à la collectivité de façon directe et indirecte. Le 1er mars 2010, 1.200.000 chômeurs US sont sortis de ces statistiques et 5 millions supplémentaires en sortiront en juin 2010… Quand on sait que 70% du PIB aux USA, en Europe et au Japon est constitué par les dépenses de consommation, on peut être à peu près certain que la dépression économique est à venir et non pas passée… Avec les conséquences qui en résulteront pour les marchés d’actions.
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=email_en&sid=aVDEHvI9WH_Q
http://www.marianne2.fr/Pourquoi-la-Grece-sortira-de-l-Euro_a189634.html
http://moneymorning.com/2010/02/24/george-soros-2/
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/economics/article7037399.ece
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=email_en&sid=aVDvzOH9wSks






