Le professeur Nouriel Roubini (qui est actuellement selon nous l’un des meilleurs analystes indépendants des marchés financiers), dans un article remarquable mais pas assez remarqué publié le 2 novembre 2009 par le Financial Times intitulé “The mother of all carry trades faces an inevitable bust”, prévoyait que, lorsque le dollar US, maintenu sous pression baissière par les politiques monétaires ultra laxistes de la Federal Reserve US et des autres banques centrales occidentales, se retournerait ; tous les marchés -dont la hausse récente n’est que la conséquence des taux d’intérêt à court terme zéro, de la création massive de liquidités ex nihilo et de la colossale monétisation des dettes publiques et privées- chuteraient. Qu’il s’agisse des actions, obligations, matières premières ou métaux précieux. Puisque les banques et investisseurs, s’étant financés au moyen de carry trades, c’est-à-dire en empruntant en dollar US (et accessoirement en livre sterling) offrants des taux d’intérêt à court terme zéro pour acheter d’autres monnaies comme l’euro et autres devises offrants de meilleurs taux d’intérêt mais aussi les actifs de papier ou réels, devraient alors rembourser leurs emprunts en dollars US (et accessoirement en livres sterling) et pour ce faire finalement liquider leurs investissements précités.
C’est exactement ce qui a commencé de se produire, ainsi que nous l’avions anticipé, depuis fin décembre 2009 - début janvier 2010. La raison du retournement à la hausse du dollar US (qui n’est basé sur aucun fondamental solide) tient principalement à la passivité des autorités européennes face à la crise grecque, contenant en germe les crises portugaise, espagnole, italienne et autres, qui n’ont pas immédiatement décidé d’exclure la Grèce de la zone euro pour avoir constamment menti sur l’état réel de ses finances publiques, ni indiqué aux marchés qu’elles en feraient de même si le Portugal, l’Espagne, l’Italie et autres ne mettaient pas un terme immédiat à leurs déficits insoutenables, pour sortir de leurs situations de cessation virtuelle de paiements. L’Euroland étant apparu comme une zone dans laquelle les traités (Maastricht) et autres accords entre membres ne sont pas respectés, sa crédibilité a été gravement atteinte. Le support que nous avions détecté sur l’euro/dollar US dans notre “Scénario global 2010″ vers 1.4220 a été cassé, sans que la BCE et l’Allemagne, censées agir pour la stabilité monétaire dans l’Euroland, se manifestent alors qu’elles pourraient faire cesser le naufrage de l’euro. Si le dernier support de l’euro/dollar US vers 1.36 venait à casser, il pourrait progressivement s’effondrer vers 1,25 -1,30; le franc suisse retrouvant alors son statut de monnaie refuge.
http://www.la-chronique-agora.com/articles/20100122-2442.html
L’autre raison de la liquidation des carry trades tient au resserrement de la politique monétaire chinoise pour calmer les pressions inflationnistes et éviter la poursuite des bulles boursière et immobilière en Chine. Resserrement chinois qui annonce celui auquel devront aussi, tôt ou tard, procéder les Occidentaux (au plus mauvais moment puisque leur endettement explose et que leur reprise économique réelle est inexistante), ce qui enlève toute possibilité de se protéger contre la chute des actions en achetant des obligations, en particulier d’Etat. Roubini, encore lui, venant de publier la semaine dernière plusieurs commentaires très négatifs sur ces sujets, il vaudrait mieux là-encore l’écouter. Comme on évalue les carry trades à près de 1.500 milliards de dollars US, on imagine les effets collatéraux que leur liquidation pourrait avoir…
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=email_en&sid=aqLMEUObhysc
http://www.counterpunch.org/hudson01262010.html
Tout semble donc en place si l’euro/dollar US casse nettement 1.36 pour la poursuite d’une forte chute des actions partout dans le monde, ce qui permettra à ceux qui ont manqué leur mouvement de reprise en 2009 de gagner à la baisse ce qu’ils n’ont pas encaissé pendant leur hausse. Et même beaucoup plus, parce que les baisses sont plus brutales et rapides que les hausses. Mais aussi pour une baisse, moins prononcée que sur les actions, de la plupart des autres marchés d’ actifs réels -matières premières, métaux précieux- (sur lesquels nous ne sommes plus positionnés mais nous ne prendrons pas de positions à la baisse parce qu’ils sont moins montés que les actions et que nous restons positifs quant à leur tendance à moyen terme). Quand la liquidation des carry trades aura pris fin, c’est alors que tous les marchés remonteront, les métaux précieux surtout.
http://www.reuters.com/article/idUSTRE60O54Y20100125
http://www.thedailycrux.com/content/3842/Doug_Casey
Sur la nocivité des politiques monétaires des banques centrales de taux d’intérêt à court terme zér0, constituant une véritable euthanasie de l’épargne comme une rupture injustifiable du “contrat monétaire”, on lira notre article publié dans le magazine L’Extension de Genève (février 2010).





A force de donner des signaux contradictoires sur la politique qui sera suivie par les autorités de l’Euroland à l’égard des Etats du “Club Med” et de l’Est de l’Europe, membres de la zone euro, ayant perdu le contrôle de leurs déficits budgétaires comme de leur endettement public, la BCE et les autorités européennes ont finalement provoqué (involontairement?) la cassure du support à 1.4220 sur l’euro/dollar US. Ce qui a fait remonter le dollar US (suite à la liquidation des carry trades) et baisser les prix des métaux précieux et des matières premières exprimés en dollars US. Ce qui a aussi fait baisser les bourses d’actions occidentales d’autant que, les autorités chinoises ayant entrepris un resserrement monétaire pour empêcher la bulle boursière et immobilière de nature inflationniste de se poursuivre en Asie, les bourses d’actions des pays émergents étaient déjà depuis début janvier 2010 sous forte pression. Comme la reprise des bourses d’actions depuis mars 2009 a précisément commencé avec la remontée de l’euro/dollar US, la rechute de ce dernier devrait provoquer leur retournement. Facteurs aggravants: non seulement les résultats des grandes banques (US surtout) sont catastrophiques mais encore la timide reprise économique occidentale récente a tourné court pendant que la crise s’étend maintenant aux pays émergents jusqu’ici épargnés. A un moment où les USA, la Grande-Bretagne, le Japon et l’Europe n’ont plus aucune marge de manœuvre budgétaire comme d’endettement supplémentaire et que leurs banques centrales ne peuvent plus baisser leurs taux d’intérêt à court terme déjà voisins de zéro, ni continuer la monétisation de leurs dettes publiques comme privées sauf à provoquer l’hyper-inflation. Bref, c’est l’impasse des politiques monétaires ultra laxistes et l’échec des plans dits de relance, comme on pouvait s’y attendre. C’est-à-dire le scénario de stagflation (croissance économique nulle + inflation) vers lequel on se dirige. Scénario dans lequel les actions baisseraient fortement alors que les obligations d’Etat n’offriraient plus de refuge. Il faut toutefois que la double cassure de l’euro/dollar US et des indices boursiers se confirme plus nettement ces jours prochains.